Dire non

Un rayon en soutien aux Grecs et tous ceux qui font de la lutte pour les libertés et les droits fondamentaux leur quotidien, car dire non est le premier acte de résistance. Non aux logiques néolibérales qui détruisent les économies locales, pervertissent les solidarités traditionnelles et minent la fraternité entre les peuples. Dire non, et comprendre pourquoi on le dit.

Issues d’une revue du même nom, née à Marseille en 1990, les éditions Agone se sont construites sur une ligne éditoriale soucieuse des luttes de notre présent, soumise aux exigences du savoir et appuyée sur un mode d’organisation autogestionnaire. Au moment où le marché du livre se caractérise par un emballement productiviste, nous avons opté pour la lenteur d’une politique de fonds. Aussi nous démarquons-nous de la logique du marketing, qui prétend financer la création sur la base des nécessités du compromis : notre pari fut de ne jamais publier un livre pour le seul motif de sa rentabilité, de ne pas choisir un auteur sur le seul critère de sa notoriété et de ne pas traiter un sujet en vertu de sa seule actualité. Ce projet éditorial répond à un projet politique : proposer des livres qui fournissent au plus grand nombre des outils pour comprendre le monde dans lequel nous vivons. Et cette production est fondée sur une répartition égalitaire des tâches, l’égalité des salaires au sein de l’équipe, le temps consacré à la réalisation des ouvrages.

Les livres d’idées sont autant de graines que l’on sème et dont on doit patiemment attendre la récolte. Ancrées dans la réalité sociale et les grands questionnements qui la traversent, les éditions Écosociété se font l’écho de personnes et d’idées que la parole dominante réduit le plus souvent au silence et témoignent des luttes d’ici et d’ailleurs : antimilitarisme, écologie sociale, altermondialisme, critique des médias, agro-alimentaire...

« Nous avons fondé la fabrique en 1998. "Nous", c’est un groupe d’amis, les uns philosophes, les autres historiens, d’autres encore éditeurs, qui ont envie de travailler ensemble à publier des livres de théorie et d’action. Ces livres, nous les voulons ancrés politiquement, à gauche de la gauche, mais sans céder à aucun esprit de chapelle, sans être inféodés à aucun groupe ni parti. Ce sont des textes de philosophie, d’histoire, d’analyse de notre temps. Français ou étrangers, contemporains ou classiques, célèbres ou très jeunes, les auteurs sont de ceux qui remettent en cause l’idéologie de la domination. La Fabrique est encore une petite voix. Nous avons bon espoir qu’elle sera entendue. » Éric Hazan.

Une maison d’édition créée en 1996 par Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou dans le but de favoriser un dialogue, sans hiérarchie, entre les arts et savoirs des sociétés « premières », non industrielles (Aborigènes d’Australie, Inuit du Grand Nord canadien, Indiens Navajo et Hopi, Maoris, Tibétains…) et les nôtres : peinture, médecine, neurobiologie, astrophysique…

Tandis que le réel nous glisse entre les doigts, nous voulons arracher à l'histoire quelques fragments de vérité, interroger sans complaisance l’ordre présent des choses… et rappeler à toutes fins utiles que cet ordre-là ne s’impose pas à nous comme une évidence.

Fondées en 2005 par Olivier Szulzynger et Marie-Édith Alouf, les éditions Les petits matins publient des essais qui analysent les évolutions et les transformations de la société, particulièrement ses mutations écologiques et économiques. Du reportage à l’enquête, nourris de témoignages, nos livres abordent des thèmes aussi variés que les implications de la crise financière, les interrogations autour de la croissance, les dégâts environnementaux, le monde du travail, les nouvelles formes de militantisme, etc. Nous publions également au sein de la collection « Les grands soirs », dirigée par Jérôme Mauche, des textes littéraires et poétiques qui allient recherche formelle et souci du réel, pour des expériences de lecture fantasque, durable, glamour et drôle.

La maison d’édition LLL, Les liens qui libèrent, créée en association avec Actes Sud, se propose d’interroger la question de la crise des liens dans nos sociétés occidentales. Depuis la fin du XIXe siècle, irréductibles à l’idée classique de représentation, les liens sont reconnus constitutifs de toutes expressions de la réalité. Chaque entité ou système se construit, se développe, se diversifie par les interactions qu’il entretient avec son milieu. Or nos sociétés occidentales sont marquées du sceau de la déliaison : économisation du monde, financiarisation de l’économie, individualisme exacerbé, perpétuation de l’idée de l’homme comme « maître et possesseur de la nature », croyance en l’autodétermination de l’individu, déni du sujet symbolique ou imaginaire, biologisation des comportements, crise de la solidarité sociale, approche fragmentée des savoirs, prégnance du réductionnisme dans les sciences, crise du lien démocratique, marchandisation des relations sociales ou du vivant… C’est cette véritable crise de la représentation de nos sociétés que nous nous efforcerons de questionner.

Lux Éditeur existe depuis 1995 et compte maintenant plus de 200 titres à son catalogue. Son programme de publication obéit à un maître-mot: la liberté. La liberté de penser, d’abord, qui est l’arme par excellence pour combattre la marchandisation de la culture et du savoir. La liberté des individus, ensuite, qui est tout autant la libre disposition de soi que l’exigence d’avoir des raisons d’agir. La liberté des peuples, finalement, car l’autonomie des uns s’accroît avec celle des autres, et parce que l’être humain n’est jamais sans feu ni lieu: son existence prend toujours racine dans une histoire et un territoire particuliers. Avec ces ouvrages, Lux Éditeur poursuit une mission plus que jamais nécessaire : cultiver l’indépendance d’esprit et inspirer les révoltes qui, comme on le disait autrefois de l’air des villes, rendent libre…

Une syllepse est une forme grammaticale qui privilégie les accords fondés sur le sens plutôt que sur la règle. Syllepse ! Ce nom n’est ni un hasard, ni un vain mot. Il suffit de regarder notre catalogue qui se veut Babel. Ce qui ne signifie pas cacophonie ! En effet, si les langues sont multiples, elles débouchent, pas à pas, nous l’espérons, nous y travaillons, vers des compréhensions communes, vers une langue partagée, vers un sens commun, vers des « tous ensemble » de la pensée et de l’action. Les mouvements et les acteurs sociaux produisent des idées, émettent des propositions, interprètent le monde et agissent sur lui. Syllepse n’est rien de plus qu’une petite maison sans étage au milieu des gratte-ciel, mais c’est un espace de liberté éditoriale, un espace d’« autoédition », un territoire autogéré qui plante le drapeau d’une autre économie politique sur l’archipel des contestations qui émergent au milieu de l’océan capitaliste. Syllepse est une petite maison au fonctionnement coopératif, un alter-éditeur, dont l’ambition est simple et modeste : pouvoir dire un jour aux propriétaires des gratte-ciel : « Rendez-vous, vous êtes cernés ! »

Nous entrons dans une phase de réaction et de résistances, un long hiver dans lequel des batailles s’annoncent. Il nous faudra des espaces pour construire de nouvelles offensives où il sera possible, sans perdre la mémoire, de fourbir de nouvelles armes, de conduire de nouvelles expérimentations, mais aussi de retrouver d’anciens chemins de traverse. Au-delà des « fortifs », les anciennes fortifications de Paris, il y avait un espace en friche, une bande de terre sur laquelle on n’avait pas le droit de construire. Sur cette zone réservée s’étaient bâties des habitations de fortune, des constructions légères, faites de bric et de broc, qui n’avaient pas le droit d’être là, mais qui occupaient le sol : c’était la « zone ». Les « zones », ce sont des espaces périphériques, détournés et souvent louches, marginaux et subalternes, où se trament les rébellions.

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