Grands espaces

Si le Nature Writing a acquis ses lettres de noblesse aux États-Unis en y devenant un genre littéraire à part enière, (d)écrire la nature et ses paysages est une pratique universelle : les Grandes Plaines et les forêts de l’Oregon, aussi belles soient-elles, ne sont pas les seules sources d’inspiration d’une littérature où la nature est le personnage principal, une « littérature à ciel ouvert ».

À l’image de ce qu’a fait Howard Zinn avec sa monumentale Histoire populaire des États-Unis, c’est à une plongée littéraire sans concession dans l’Amérique des marges qu’invite cette sélection, celle des villages forestiers à l’abandon, des friches rurales et des réserves amérindiennes, depuis les contreforts des Appalaches jusqu’au lointain Alaska, en passant par le Québec, le Kentucky, le Colorado ou l’archipel d’Haïda Gwai.

« Le Far West est une région où se développe une société originale, où se croisent des individus d’origines et d’horizon très différents. L’Amérique mythique des montagnes Rocheuses, où s’affrontent les tribus amérindiennes et les pionniers venus fonder les États-Unis est à jamais symbolisée, dans la mémoire des peuples, par des déserts rouges à perte de vue et des montagnes sculptées par l’érosion. » Merci, Wikipedia.

À l’écart des villes à l’ambiance survoltée, cadre obligé de tout bon polar américain, des écrivains ont, depuis longtemps déjà, fait de la nature et des paysages leur personnage principal : peut-être né avec Thoreau et son Walden ou la vie dans les bois, le Nature Writing est désormais accessible en version française. Et maintenant, en numérique…

Amérique, France, Pologne ; Fuite éperdue, voyage initiatique, simple errance ; grands espaces, chemins de traverse, asphalte brûlant. Les romans-routes sont un peu de cela, et tout autre chose : surtout, c’est au nomade qui est en nous qu’ils s’adressent.

Frédéric Gros l’a montré en 2009 : marcher, c’est une philosophie. Devons-nous aller plus loin en considérant la marche comme le seul exercice spirituel à la portée de tous ? À vous de juger.

Walt Longmire. Shérif taiseux du comté le moins peuplé de l’État le moins peuplé des États-Unis. A sa manière bien à lui de résoudre les affaires de meurtres, de drogue et de mœurs. Sur fond de tensions raciales entre cow-boys arriérés et Indiens marginalisés, saloons glauques de Redneck-City et paysages grandioses du Wyoming. Un must du genre, chez Gallmeister évidemment !

« J’ai eu de la chance de rencontrer le désert, ce filtre, ce révélateur. Il m’a façonné, appris l’existence. Il est beau, ne ment pas, il est propre. C’est pourquoi il faut l’aborder avec respect. Il est le sel de la terre et la démonstration de ce qu’ont pu être la naissance et la pureté de l’homme lorsque celui-ci fit ses premiers pas d’Homo erectus », Théodore Monod, Pèlerin du désert.

Dans les romans de Kent Haruf, on ne trouve rien d’extraordinaire, et c’est en bonne partie ce qui fait leur charme. Des gens braves, et d’autres qui le sont moins, se collettent avec la dureté de la vie quotidienne, celle des marges rurales de l’Amérique, comme à Holt, bourgade imaginaire du Colorado, où se déroulent ses quatre romans traduits en français.

Grâce aux bons soins de La Table ronde, voici enfin la première version intégrale en français du récit autobiographique un brin excentrique du naturaliste Gerald Durrell. Le seul risque, après l’avoir lu, est de prendre un billet sans retour pour la magnifique île de Corfou !

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